Alors que j’étais au lycée, mes amis ont commencé à me raconter les «premières expériences» qui les arrachaient au monde de l’enfance et les jetaient dans un monde «pour adultes».
Je trouvais difficile de résister aux récits que me faisaient ces camarades. Ce monde qui m’était jusqu’alors resté totalement inconnu, devenait tout à coup accessible. J’ignorais que la pornographie et la masturbation allaient devenir de tels problèmes pour moi, et contre lesquels je n’étais pas de taille à lutter seul.
Les années de transition entre le collège et le lycée m’avaient apporté leur lot d’épreuve. Mon père décéda brutalement, et nous avons soudain dû prendre en charge toutes les affaires et les démarches qu’il avait laissées en suspens, s’occuper de notre mère, et retrouver un peu de stabilité. Ce fut également pour moi l’occasion de me rapprocher de la religion. Jusque là, j’allais à la messe le dimanche sans grande conviction, et la vie de l’Église ne m’intéressait pas. Mon grand frère m’emmenait parfois à des réunions de jeunes catholiques et m’inscrivait à des retraites d’été, mais je ne prenais rien de cela au sérieux, et me moquais plutôt de tous ces gens, avec lesquels je ne gardais jamais contact.
Mais tout changea lorsqu’au cours d’une de ces réunions, je rencontrai une fille que je ne connaissais pas et qui me plut. Je n’avais pas pris son numéro de téléphone, et me dis que la seule façon de la revoir était d’aller à la messe. Je m’y rendis donc tous les jours, espérant l’y voir. Les jours et les semaines passèrent, jusqu’au moment où je me rendis compte que j’avais oublié cette fille, et qu’entre-temps, j’avais beaucoup approfondi ma relation avec Dieu.
A cette époque, ma paroisse organisait un cycle de formation sur huit semaines, qui était né de la ferveur qui avait suivi la mort de Jean-Paul II en avril 2005. Le but de ce cycle était de créer une école de la Nouvelle Évangélisation. Intrigué, je décidai d’aller aux réunions. Les conférences étaient effectivement intéressantes, je fus très ému par de nombreux témoignages. J’y appris la prière personnelle, le contact spontané et libre avec Dieu, et compris que rien ne Lui était impossible. Quand le cycle toucha à sa fin, on nous proposa de prier pour recevoir l’effusion de l’Esprit Saint. Nous avons formé des groupes de quelques personnes, et nous avons prié sur ceux qui le souhaitaient. Il s’y passa beaucoup de choses : les gens recevaient des prophéties, parlaient en langues, se reposaient dans l’Esprit Saint. Je décidai moi aussi de me présenter, et quand les autres personnes ont commencé à prier pour moi, j’entendis des paroles qui me saisirent. L’homme qui menait la prière me dit : « Je sais quel est ton problème et je vois que tu es venu pour demander à Dieu de te libérer de tes impuretés. »
Nous avons continué à prier ensemble. Les prophéties que recevaient les gens qui se tenaient derrière moi m’ont autant surpris que les phrases entendues au tout début. Un des hommes eut l’image d’une personne qui grimpait le long d’une corde sur une montagne. Il était fatigué, mais il surmontait courageusement chacune des étapes, les dents serrées, pour atteindre son but. Et l’homme qui avait parlé en premier m’assura que tôt ou tard, ce contre quoi je luttais tant disparaîtrait. Il me prévint néanmoins que cela n’arriverait pas du jour au lendemain : « Ne lutte pas seul. Sois patient et le moment viendra où le bon Dieu te mènera au vrai amour et te libérera ».
J’accueillis ce que j’avais entendu, mais je ne pouvais pas m’empêcher de me demander comment Dieu pouvait me dire de rester les bras croisés et de ne plus me soucier de mon péché. J’étais très impatient, je voulais être guéri immédiatement. Je priais, je jeûnais, je me confessais, je disais le chapelet tous les jours, j’allais à des prières de guérison, j’essayais de tenir bon, je fais autant d’efforts que possible, mais ça ne marchait pas, à chaque fois je retombais, et à chaque nouvelle chute, je me sentais lamentable. Je commençais à me demander si cette histoire selon laquelle rien n’était impossible à Dieu était vraie ou pas. Mais je repensais à ce que l’on m’avait dit sur la patience, alors je m’accrochais.
Deux années passèrent. En 2007, je me retrouvais très investi dans un groupe de jeunes catholiques, et étais même devenu animateur. Mais mon péché n’avait pas disparu. J’avais même renoncé à essayer de m’en débarrasser, c’était trop dur pour moi. Pendant un pèlerinage, j’entendis parler du Mouvement des Cœurs Purs par un jeune prêtre qui nous appelait à la chasteté. Je savais que ce mouvement pouvait m’être utile, mais j’avais peur de recommencer cette lutte, d’échouer à nouveau, et de souffrir encore plus. C’est à cette époque que je fis la connaissance de Véronique. Nous avons échangé nos coordonnées, et nous nous sommes revus après le pèlerinage. Véronique me parlait souvent de la pureté, et combien celle-ci était importante pour une future vie de famille. Mes amis se moquent de moi aujourd’hui en disant que j’ai reçu des cours du soir de virginité. Mais de mon côté, j’étais encore très sceptique, je savais que pour moi, ce serait très difficile, voire impossible. Cependant, Véronique me plaisait beaucoup : c’était une belle femme, sensible et délicate, mais aussi une belle personne, qui s’était donné un certain nombre de règles de vie et possédait une force incroyable.
Aujourd’hui, nous sommes ensemble. Et ce n’est que maintenant que je comprends combien la chasteté avant le mariage est si importante et permet de construire une vie de couple sur des bases saines. Tous les jours, nous découvrons de nouvelles choses, nous constatons combien nous nous changeons mutuellement (si vous m’aviez connu il y a deux ans, vous ne m’auriez pas reconnu), et combien il est important de grandir ensemble dans la prière. Et surtout, je vois que Dieu peut sortir l’homme de toutes ses misères et nettoyer son cœur. Il a tenu parole, et Il m’a délivré de ces dépendances contre lesquelles je luttais depuis des années sans succès, et qui m’étaient si douloureuses. Je n’aurais jamais cru que ce puisse être aussi beau de regarder quelqu’un non pas comme un objet sexuel, mais comme un être humain à part entière. Je m’aperçois également que tous les efforts que je fais pour faire passer le bonheur de Véronique avant mon propre bonheur me procurent une joie immense.
En relisant tous ces événements, je vois comment Dieu m’a fidèlement conduit, tout au long de ces années. Par ce témoignage, je veux montrer qu’il est très facile de tomber dans le péché, mais que Dieu peut nous guérir de nos erreurs. Il le fait toujours de la meilleure manière qui soit. S’Il l’avait voulu, il aurait pu me purifier du jour au lendemain, mais aurais-je eu la chance de comprendre tout cela, et de désirer si intensément vivre dans la pureté ? Je ne le pense pas. Dans mon cas, cet apprentissage s’est fait progressivement, et je comprends seulement maintenant comment Dieu m’a guidé.
Lors d’une retraite avec les Cœurs Purs en 2009, à minuit, le jour de mon 21ème anniversaire, Véronique et moi nous sommes rendus à l’adoration, et devant le Saint Sacrement, nous avons prononcé la prière de confiance. J’ai alors senti que ma vie prenait un nouveau chemin. Cette expérience restera l’un de mes plus beaux souvenirs. Devant moi se tenait Dieu, qui avait tenu parole, et avait vaincu mon péché par Son amour et par l’amour que me portait la femme qui était à côté de moi.
G.





