En Europe, on voit apparaître des milliers de «guérisseurs» en tous genres, ainsi que des centres de médecines naturelles ou alternatives. Cette activité éveille un intérêt considérable. Ces thérapies dites extraordinaires, mystérieuses, et dont les effets sont apparemment très rapides, attirent également des personnes qui se disent chrétiennes.
Un certain missionnaire, qui rentrait en Europe après avoir passé plusieurs années en Afrique, était très surpris de voir qu’ici aussi, dans des pays qui ont pourtant une tradition chrétienne millénaire, puissent émerger le même genre de problèmes contre lesquels il s’était battu pendant des années en Afrique, à savoir le chamanisme, les métiers de magiciens, de guérisseurs. Un exorciste disait que sur dix personnes qui venaient le voir, neuf avaient eu recours à des guérisseurs ou autres thérapeutes bioénergétiques.
Quels sont ces « esprits » ?
Comment cela se passe-t-il ? Des personnes, atteintes de maladies, parfois désespérées, sont poussées par d’autres personnes « que cela a aidé » à consulter un thérapeute bioénergétique. Ils viennent pour être aidés, et s’ouvrent donc en toute confiance à ce que leur «thérapeute» peut leur dire et faire sur eux. Le «guérisseur» impose généralement ses mains sur son client et lui transmet, comme il l’explique en même temps, une énergie guérissante. Il est un canal de «l’énergie du cosmos». Personne n’a encore réussi à étudier de manière scientifique quelle est cette énergie, ni même s’il s’agit vraiment d’une énergie. On se contente de croire les paroles du «guérisseur». On le croit, lui, et on lui fait plus confiance qu’à Dieu… Le Catéchisme de l’Église catholique, au sujet du premier commandement, dit pourtant : « Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain, – fût-ce pour lui procurer la santé -, sont gravement contraires à la vertu de religion» (2117).
Pourtant, les gens rétorquent que Jésus-Christ Lui-même, puis les apôtres, guérissaient les malades par imposition des mains. Il se trouve que Jésus continue à accorder ces miracles aujourd’hui encore à ceux qui croient en Lui, et Il peut envoyer le charisme de guérison par la puissance de l’Esprit Saint. Saint Paul écrit d’ailleurs quelques mots au sujet de ce charisme, dans la Première Lettre aux Corinthiens (1 Co 12, 9). Jésus dispense ce don en vue du bien de toute la communauté de l’Église. La personne dotée de ce charisme est simplement un intermédiaire de la puissance de l’Esprit Saint et les guérisons sont des signe de la présence divine et de l’action de Dieu.
On peut alors se demander si ces «thérapeutes énergétiques» transmettent l’Esprit Saint, et guérissent par sa force, où s’ils font appel à d’autres esprits. La réalité des esprits, invisible aux yeux humains, est diverse. Il existe de bons esprits et de mauvais esprits : il y a l’Esprit Saint, mais aussi le diable, les anges, les démons. Les saintes Écritures parlent ainsi de l’esprit de vertige (Is 19,14), de prostitution (Os 4,12), de mensonge (1 Rois 22, 23), d’erreur (1 Jn 4, 6) et de bien d’autres encore.
Le croyant doit être le temple de l’Esprit Saint, afin que, L’habitant, Il puisse le guider, l’inspirer, l’éclairer. Mais l’homme peut aussi être habité, de son plein gré, par des esprits mauvais, plus ou moins violents, qui guident ses pensées et ses actes, le harcèlent et l’abîment de différentes façons, car telle est la nature des esprits mauvais. Le Seigneur Jésus en expulsa sept de Marie Madeleine, et toute une légion d’un Gérasénien (Mc 5, 1-6).
Par le pouvoir des démons
Il faut avoir en mémoire que les choses les plus spectaculaires (y compris, comme ici, d’apparentes guérisons) peuvent se produire par la force des démons. Les Actes des Apôtres décrivent ce cas précis : « Or il y avait déjà dans la ville un homme du nom de Simon ; il pratiquait la magie et frappait de stupéfaction la population de Samarie, prétendant être un grand personnage ». Simon pratiquait la magie noire c’est-à-dire qu’il entrait en contact avec le diable, qui opérait à travers lui et lui faisait faire des choses qui étonnaient les gens et les induisaient en erreur. « Cet homme est la Puissance de Dieu, celle qu’on appelle la Grande » disait-on de quelqu’un qui agissait par la force du diable.
Mais aujourd’hui encore, nous faisons la même erreur. Une telle confusion est possible, surtout quand on voit, en entrant dans le cabinet d’un «guérisseur», une croix ou une image pieuse. Le diable est très rusé. Et le «guérisseur» lui-même peut être trompé par le diable et croire qu’il est quelqu’un d’exceptionnel, choisi par Dieu. Il est très facile de donner foi en de tels murmures du tentateur. L’usage de cette «énergie» donne le sentiment d’un grand pouvoir sur le sort d’autrui. Le «guérisseur» se prend alors pour Dieu.
Le père Joseph-Marie Verlinde a lui-même un intéressant témoignage à donner. Aujourd’hui prêtre, il fut cependant dans sa jeunesse l’élève dévoué d’un gourou indien, puis un thérapeute bioénergétique très connu en Belgique : « Étant en état de passivité médiumnique, je laissais le diable se servir de moi. Je n’étais pas possédé, car pendant toutes ces pratiques occultes, je participais chaque jour à la messe, consacrais beaucoup de temps à l’adoration, je priais le chapelet et j’exécutais toutes les pratiques pieuses que je connais, choses qui sont impossibles à faire quand la personne est possédée ».
Le père Joseph-Marie se rappelle que quand des doutes surgissaient sur le fait de savoir si les capacités de guérison qu’il avait découvertes chez lui venaient de Dieu, ses amis le convainquaient qu’il ne pouvait en être autrement, puisqu’il aidait des gens. Il lui fallut neuf ans de prières et d’exorcisme pour être entièrement libéré des influences démoniaques qui pesaient sur lui. Il constata alors qu’il avait perdu sa capacité de «guérison».
« Il m’a aidé. J’étais malade. Maintenant je vais bien », entend-on parfois. Mais pareil témoignage n’est pas la preuve que le «guérisseur» a réellement aidé. Le père Joseph-Marie Verlinde a longtemps étudié, avec une équipe de scientifiques de l’université de Lyon, des personnes ayant été soumises à des «thérapeutes». Ils firent les découvertes suivantes :
– Il arrivait que les personnes qui s’étaient senties guéries, retombent malades quelques temps plus tard, et souvent, plus gravement malades. Plusieurs cas de décès survenus à la suite de «thérapies» ont été enregistrées. Le 8 octobre 1989, Anatoly Kashpirovsky, un célèbre guerisseur russe, fit une émission de télévision. Au cours de la nuit suivante, on constata qu’à Moscou, le nombre de décès était quatre fois supérieur à la normale. Est-ce une coïncidence ?
– Plusieurs effets psychiques néfastes ont été observés à la suite de « thérapies énergétiques» : anxiété, peurs, dépression, pensée suicidaires, irritabilité, agressions, etc.
– Ces effets négatifs sont également d’ordre spirituel : pensées blasphématoires obsédantes, négligence dans la prière et dans d’autres pratiques religieuses, réticence au sacré, tourments démoniaques, etc.
Afin de constater la véritable efficacité d’un «guérisseur», il faudrait mener des études pluridisciplinaires, sur de nombreuses années, aussi précises que celles qui précèdent l’introduction d’un nouveau médicament sur le marché. Certains de ces «guérisseurs» ont une autorisation officielle pour exercer leur activité, mais il faudrait demander si elle a été accordée sur la base de solides études scientifiques, ou bien si elle n’est pas qu’un simple enregistrement d’un statut pour raisons fiscales. En effet, les «guérisseurs» se font payer en honoraires, d’ailleurs toujours très élevés. C’est aussi un fait qui en dit long. Les guérisons que nous rapporte la Bible ne sont jamais liées à un quelconque paiement. Le Seigneur Jésus, en donnant aux apôtres le don de guérison, a dit : « vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » (Mt 10, 8). Peut-on imaginer saint François ou le Padre Pio recevoir des malades à la chaîne et les faire ensuite passer à la caisse ?
Les Actes des Apôtres décrivent également d’autres événements significatifs liés à ce fameux Simon le magicien : « Simon, voyant que l’Esprit était donné par l’imposition des mains des Apôtres, leur offrit de l’argent en disant : « Donnez-moi ce pouvoir, à moi aussi, pour que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint. » Pierre lui dit : « Périsse ton argent, et toi avec, puisque tu as estimé pouvoir acheter le don de Dieu à prix d’argent ! » (Ac 8, 18-20)
On ne peut pas non plus acheter le don divin de guérison. Cependant, les journaux et les sites internet regorgent de ce type de publicités qui vantent les mérites de cours pour «guérisseurs». C’est une tentation très attirante. Voici qu’en une semaine (souvent après des cérémonies initiatiques, prières de gourous, rituel spécial), on pourrait obtenir le même résultat qu’un médecin après six ou huit ans d’études intensives, et gagner en une journée autant que lui en un mois. Ces cours relèvent purement et simplement de l’escroquerie, et il vaut d’ailleurs mieux qu’ils le soient. Mais le pire qui puisse arriver, c’est que l’un des participants à ces cours devienne un vrai mage ou un chamane, c’est-à-dire qu’il devienne l’instrument et le canal d’un esprit mauvais.
Que faire en cas de maladie ?
Ce qu’un disciple de Jésus doit faire en cas de maladie, le Seigneur Dieu en parle dans au moins trois passages des Écritures : « Mon fils, quand tu es malade, ne te décourage pas, mais prie le Seigneur, et lui te guérira. Renonce à ta conduite mauvaise, agis avec droiture, et, de tout péché, purifie ton cœur. Offre un encens d’agréable odeur et un mémorial de fleur de farine, présente une offrande généreuse, comme si c’était la dernière. Puis fais venir le médecin : le Seigneur l’a créé, lui aussi ; qu’il ne s’écarte pas de toi, car tu as besoin de lui. » (Si 38, 9-12) ; « L’un de vous est malade ? Qu’il appelle les Anciens en fonction dans l’Église : ils prieront sur lui après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur. Cette prière inspirée par la foi sauvera le malade : le Seigneur le relèvera et, s’il a commis des péchés, il recevra le pardon. » (Jc 5, 14-15) ; « Et voici qu’une femme souffrant d’hémorragies depuis douze ans s’approcha par-derrière et toucha la frange de son vêtement. Car elle se disait en elle-même : « Si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée. » Jésus se retourna et, la voyant, lui dit : « Confiance, ma fille ! Ta foi t’a sauvée. » Et, à l’heure même, la femme fut sauvée. » (Mt 9, 20-22).
Il faut demander la guérison dans une prière confiante et ferme. L’entourage aussi, et tout spécialement les prêtres, doivent prier pour la santé du malade. Le Seigneur Jésus guérit dans les sacrements, et notamment dans le sacrement de Réconciliation, c’est-à-dire la confession, puisque la maladie peut être provoquée par le péché (Jn 5, 14 en parle aussi). C’est pourquoi la conversion est nécessaire. Le sacrement des malades a été spécialement instauré, comme son nom l’indique, pour guérir et renforcer les gens malades. Dans l’Eucharistie, nous touchons Jésus de manière encore plus proche que la femme souffrant d’hémorragies, mais il faut avoir la foi (quand la foi dans le Christ faiblit, on se met à croire n’importe quoi). Le Seigneur Dieu nous donne des médecins, pour que nous cherchions la guérison chez eux ; des médecins, et non pas des mages et des sorciers. La magie est condamnée à de multiples reprises tout au long de la Bible.
Comment sortir de l’occultisme ?
Que faire si quelqu’un a cédé à la médecine dite non-conventionnelle et a de cette façon peut-être touché à l’occultisme ? On peut sans le savoir entrer dans l’occultisme comme on peut sans le savoir attraper une maladie contagieuse. Nous pouvons limiter ce côte «inconscient» si nous essayons d’éveiller notre conscience aux dangers spirituels, par exemple par la lecture de la presse et des livres catholiques. Ce genre de lecture est absolument crucial. Les média athées n’abordent jamais des dangers de l’occultisme ; au contraire, ils en font la publicité.
Si quelqu’un a consulté un «thérapeute bioénergique», il doit le reconnaître dans le sacrement de Réconciliation (qui est un exorcisme efficace), surtout s’il constate chez lui des symptômes inquiétants. Il doit alors abjurer le mal en quelques mots simples, par exemple : « Je renonce au mal et à tout lien occulte, si un tel lien me lie à quelqu’un. Je m’en remets à Jésus qui est mon Sauveur et mon Seigneur. »
La pratique de ces médecines non-conventionnelles entraînent des risques physiques, psychiques et spirituels considérables. Penser que « si ça ne fait pas de bien, au moins ça ne fait pas de mal » s’avère parfois être une erreur fatale.





